AURÉLIEN DESBOIS, né le 12 décembre 1983, vit et travaille à Bayonne, partageant son temps entre la glisse – surf, skate, ski – et la peinture. Après avoir suivi une formation dans le cadre de l’Ecole du District Bayonne-Anglet-Biarritz, il a installé son atelier dans un ancien restaurant près de la gare de Bayonne, caverne aux parois graffitées où voisinent objets et supports de glisse, tableaux, châssis et peintures en cours, bref un enchevêtrement révélateur d’un univers de vie et de travail dominé par une expression et un imaginaire graphique et pictural. Ce jeune artiste a commencé à exposer le recyclage pictural de planches de skate dans différents lieux, magasins, bars d’ambiances, de même qu’il a eu l’occasion de réaliser des affiches ou des éléments de communication visuelle et graphique pour des événement liés au skate.


IL COURT, IL COURT LE MARQUEUR…

Une écriture cursive, fluide, tantôt anguleuse tantôt incurvée qui embrasse, forme et déforme la figure dans un élan continu, à l’instar de la trajectoire ininterrompue qui avale les lacets ouverts des cols du Pays basque… Un dessin au trait qui s’est élaboré et formé à l’école du tag, du graph ou du block letters. Un sens aigu du format d’inscription que la plume, le marqueur ou le gratté prennent leur course depuis les bords de la toile, du bas vers le haut ou plus rarement depuis le centre.
Dans la continuité des circonvolutions graphiques, prennent naissance des figures pâles, souvent serrées les unes contre les autres : elles accumulent leurs paires d’yeux énigmatiques liés par une solidarité anonyme. C’est alors que le thème générique de la série, « Fight », engendre un sens, une interprétation possible dans l’imaginaire du spectateur. Pour Aurélien Desbois toutefois, ces petites foules silencieuses renvoient à des êtres retenus, en attente, à la fois fermés sur eux-mêmes et prêts à s’ouvrir, à s’animer pour une cause, la promesse de quelque chose qui pourrait enfin fédérer ces êtres qui se côtoient sans se rencontrer vraiment.
Conflit de génération, marginalisation, difficultés à se situer, à s’ancrer dans un monde tangible ?
Ces personnages blancs, tels les idoles des icônes byzantines, s’inscrivent sur des fonds polychromes, aplats au spray dégradés et grattés, juxtaposant couleurs froides et couleurs chaudes, buildings agressifs, formes de nuages voluptueuses très sixties, presque droit sorties de Yellow Submarine ou de pochettes 33 tours des Beatles. Mais il y a aussi les couleurs des jours gris, verts et tons rompus, rabattus au blanc ou au noir, souvent.
Et l’on se prend d’affection pour les portraits oniriques, isolant et piégeant à leur insu dans l’arrondi d’une planche hors jeu, des personnages sortis du lot, de la norme graphique. Certaines figures cultivent une stylisation exacerbée et économe, comme celle qu’affichèrent en 1906-1907 les études de tête de Picasso pour les Demoiselles d’Avignon. A cet époque-là traînait dans l’atelier du Catalan un masque wobé venu d’Afrique. L’efficacité visuelle, les méplats coloré traduisent un goût pour la survivance dans l’art du grand souffle de modernité venue de la tradition ethnique, la Voie des masques.


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